A1 · mini-roman · Francophonie · 12 min
Une voix pour la pluie
À Douala, Léo sait faire le bruit de la pluie. Parler au micro est plus difficile.

Chapitre unLa valise d'Esther287 mots
À Douala, Léo travaille le samedi dans une petite radio de quartier. Il a dix-neuf ans. Il prépare le thé, ouvre la porte et range les fils1 sous les tables. Il parle peu. Quand le téléphone sonne, il appelle toujours sa collègue Esther.
Esther a les cheveux gris et porte une longue robe bleue. Ce matin, elle arrive avec une vieille valise2. Léo veut la porter. Elle est lourde. « Il y a des vêtements dedans ? » demande-t-il. Esther sourit. « Non. Une gare, une cuisine et de la pluie. »
Elle ouvre la valise sur le sol. Léo voit une casserole, des clés, une boîte de riz3 et deux morceaux de bois4. Il regarde Esther. Elle prend la boîte de riz. Elle la tourne doucement. Un petit bruit monte dans la pièce.

« La pluie », dit Léo.
À midi, la radio va présenter une petite histoire. Dans cette histoire, un père attend sa fille à la gare. Il pleut. Le train n'arrive pas. Esther va lire les paroles du père5. Léo va faire les bruits.
Ils commencent. Léo tourne la boîte. Esther regarde une feuille. Elle dit : « Encore dix minutes. Elle va arriver. » Léo ferme les yeux. Il voit presque la gare.
Puis Esther lui donne une deuxième feuille. « Tu vas aussi faire la voix de la fille. Juste trois phrases. »
Léo pose la boîte. Il peut parler dans une cuisine, dans un bus, dans une boutique. Mais devant ce grand micro noir6, sa voix reste dans sa bouche.
« Je ne peux pas », dit-il.
Esther ne prend pas la feuille. Elle la laisse devant lui. Par la fenêtre, on entend une moto, puis une femme qui appelle son enfant. Esther écoute un moment.
« Respire. On va d'abord essayer sans le micro. »