B1 · French text with eight glosses
Le cahier bleu
Pour le départ à la retraite de Bernard, ses collègues avaient décoré la salle de pause avec des photos. On venait de servir le gâteau quand une femme est apparue dans l’encadrement de la porte1. Bernard a posé son assiette. « Élise ? Mais je croyais que tu habitais toujours à Brest ! »
Élise avait quitté leur atelier douze ans plus tôt. À l’époque, sa mère était tombée malade et elle avait dû partir rapidement. Bernard avait organisé son remplacement2 et gardé ses outils pendant plusieurs semaines. Il lui avait aussi offert un cahier bleu où il avait noté les réglages3 des machines qu’elle utilisait. « Tu reprendras ton métier quand tu pourras », lui avait-il dit.
Pendant longtemps, ils s’étaient envoyé des cartes, puis les nouvelles étaient devenues plus rares. La semaine précédente, une ancienne collègue lui avait envoyé un message pour annoncer la fête. Élise avait réservé un billet de train, mais elle avait demandé qu’on garde le secret4. Elle voulait voir la surprise5 sur le visage de Bernard.
Elle a sorti le cahier de son sac. Les premières pages étaient de la main de Bernard ; Élise avait rempli les suivantes avec ses propres notes. Grâce à ce petit guide, elle avait retrouvé de l’assurance6 dans un nouvel atelier. « Tu m’as laissé du temps, et tu m’as aidée à revenir », a-t-elle expliqué. Bernard, d’habitude si bavard, cherchait ses mots. Il a fini par lui demander de feuilleter7 le cahier avec lui. Le gâteau attendrait : ils avaient douze ans de souvenirs8 à partager.
Read it in English
For Bernard’s retirement, his colleagues had decorated the break room with photos. The cake had just been served when a woman appeared in the doorway. Bernard put down his plate. “Élise? But I thought you still lived in Brest!”
Élise had left their workshop twelve years earlier. At the time, her mother had become ill and she had had to leave quickly. Bernard had arranged cover and kept her tools for several weeks. He had also given her a blue notebook in which he had recorded the settings of the machines she used. “You’ll return to your trade when you can,” he had told her.
For a long time, they had sent cards, then news had become less frequent. The previous week, a former colleague had sent her a message about the party. She had booked a train ticket but asked for it to be kept secret. She wanted to see the surprise on Bernard’s face.
She took the notebook out of her bag. The first pages were in Bernard’s handwriting; Élise had filled the following ones with her own notes. Thanks to this little guide, she had regained confidence in a new workshop. “You gave me time, and you helped me come back,” she explained. Bernard, usually so talkative, was searching for words. Eventually, he asked her to leaf through the notebook with him. The cake could wait: they had twelve years of memories to share.
