C1 · three first-person accounts · eight glosses
Le mauvais fichier
Élise, responsable de projet
J’avais demandé une présentation des résultats, pas des données individuelles. Une feuille de calcul a été projetée par erreur devant les clients ; l’affichage a été interrompu presque aussitôt. Aucun nom complet n’était visible, j’en suis certaine. J’ai proposé que nous passions au point suivant pour ne pas amplifier1 l’incident. On me reproche aujourd’hui mon silence, alors que mon souci était de préserver le déroulement2 de la réunion. Le choix technique du fichier ne relevait pas de moi.
Karim, chargé de la projection
Élise m’a envoyé le lien dix minutes avant la réunion, avec ce message : « Voici la version à montrer. » J’ai ouvert le document indiqué. Quand Ana a signalé le problème, j’ai cherché la commande pour arrêter le partage. L’affichage a duré plusieurs minutes : je ne dirais donc pas qu’il a été coupé sur-le-champ3. J’aurais dû vérifier les onglets, je le concède4. Mais parler d’une simple erreur technique escamote5 la question de la validation.
Ana, assistante
Je n’avais pas reçu le fichier avant la séance. Sur l’écran, j’ai lu le prénom et le nom d’une collègue, à côté d’un montant. Je l’ai dit à voix haute. Élise a demandé de poursuivre ; Karim manipulait son clavier. Je serais incapable de chiffrer6 la durée de l’affichage. Ce qui m’a frappée, c’est qu’après la réunion on m’a demandé de ne pas ébruiter7 l’affaire, sans me demander ce que j’avais vu. J’aimerais que mon témoignage soit consigné8, même s’il dérange la version retenue.
Read it in English
Élise, project manager: I had asked for a presentation of results, not individual data. A working spreadsheet was projected by mistake in front of the clients; the display was stopped almost immediately. No full name was visible, I am certain of that. I suggested moving to the next item to avoid magnifying the incident. People now criticise my silence, whereas my concern was to keep the meeting running. The technical choice of file was not my responsibility.
Karim, responsible for projection: Élise sent me the link ten minutes before the meeting, with this message: "Here is the version to show." I opened the specified document. When Ana flagged the problem, I looked for the command to stop sharing. The display lasted several minutes: I would therefore not say it was stopped immediately. I should have checked the tabs, I concede that. But calling it a simple technical error glosses over the question of approval.
Ana, assistant: I had not received the file before the session. On the screen, I read a colleague’s first name and surname beside an amount. I said so aloud. Élise asked us to continue; Karim was working at his keyboard. I could not put a number on how long the display lasted. What struck me was that after the meeting I was asked not to spread the story, without being asked what I had seen. I would like my account recorded, even if it challenges the version adopted.
